L’AFRIQUE, MALADE DE SES TRIBUS, ETHNIES, BREF DE SON RACISME

VOICI L’OPINION d’une grande dame, Marie NZIGAMYE. J’aime beaucoup et j’ai totalement j approuvé son article :

« Il faut arrêter de fermer les yeux sur le tribalisme et l’ethnisme. Ces formes de racisme empêchent le continent africain de sortir de l’ornière.
Des pays africains, hélas nombreux, sont en train de s’enfoncer dans la misère à cause d’un mal qui ronge leurs populations: le racisme. Des Africains seront les premiers à trouver que mon jugement est exagéré mais à certains moments il faut réveiller les consciences par des mots forts.
A force d’expliquer les dérapages incessants de certains dirigeants africains, de certains groupes armés qui sèment la mort pour conquérir le pouvoir sans donner des garanties d’amélioration aux populations qu’ils sont censés défendre, par l’ethnisme ou le tribalisme, des mots devenus édulcorés, certains poussent les responsables et les populations africaines à fermer les yeux et à être fatalistes.
En effet, alors que dans tous les pays du monde, les dirigeants luttent contre le racisme, aucune lutte contre le tribalisme et l’ethnisme, pratiques presque exclusivement africaines, n’est annoncée, ni par la communauté internationale, ni par les Africains eux-mêmes.
Et pourtant l’idéologie de ces deux pratiques rejoint parfaitement celle du racisme. Et dans les faits, nous constatons dans plusieurs pays africains, des personnes ou des groupes de personnes qui décrètent du jour au lendemain des guerres tribales ou ethniques, en désignant «les autres» qui appartiennent aux tribus ou ethnies différentes de la leur comme étant «des êtres du mal» à éliminer ou psychologiquement ou pire physiquement. Ces dix dernières années, ce genre de guerriers est apparu dans plusieurs pays: je ne cite que les cas graves comme le Libéria, la Somalie, le Congo, la République démocratique du Congo, le Burundi, le Rwanda, la Sierra Leone, et la Côte d’Ivoire.
Si les pays de la Région des Grands Lacs sont les plus touchés par le racisme, le cas de la Côte d’Ivoire devrait interpeller les consciences africaines et faire peur aux pays qui ont encore la chance de vivre en paix. En effet voilà un pays, stable depuis l’indépendance, prospère malgré le manque des matières premières comme le pétrole ou les minerais, dont l’image à l’étranger était parmi les meilleures et la capitale parmi les plus belles, devenu en quelques années un espace livré au racisme. Nous en connaissons les conséquences: une chasse à l’«Autre» qui a engendré des morts, des réfugiés, des orphelins, bref une image qui a fait réfléchir plus d’un Africain et qui nous a plongés dans un pessimisme indescriptible. Nous croyions ce pays définitivement sur le bon chemin.
Un exemple du fait que c’est le «racisme» qui est naturel et qu’il n’a pas besoin de beaucoup de temps pour être efficace. Dans des pays comme les nôtres, une fois qu’un «chef d’état ou de guerre» fait appel à lui, il va aussi vite qu’un feu de brousse en été, parce que les insatisfactions de la vie sont profondes et nombreuses. Il recrute facilement parmi les laissés pour compte, qui se sentent utiles et considérés pour une fois dans leur vie. Il recrute parmi les jeunes, abandonnés par des structures sans moyens, qui eux aussi sont toujours prêts à l’aventure quitte à y laisser leur vie de misère et qui tuent avec autant d’application et d’énergie que s’ils livraient un combat qui les conduira vers une vie meilleure. Le temps d’un jour, d’une semaine, d’un mois… avant de mourir ou de tomber dans une misère pire que celle qu’ils connaissaient avant.

L’ethnisme, le tribalisme, le racisme, des maux qui peuvent se résumer en un seul, le racisme, le mot universel, pour que nous puissions sentir le besoin de lutter contre ce mal. Quand on parle des tribus ou des ethnies en Afrique, il y a un certain fatalisme; c’est naturel, nous sommes divisés en ethnies ou en tribus; cela nous plonge fréquemment dans le chaos mais nous n’y pouvons rien. Elles sont là, nous ne pouvons pas les combattre; nous décidons de fuir… vers quoi?
Et pourtant, les intellectuels africains savent que seuls les plus chanceux d’entre ceux qui vivent en exil, arrivent à trouver un travail correspondant à leur qualification. Certains atteindront l’âge de la retraite sans pouvoir utiliser leur savoir. Pourquoi dans ce cas, ils n’essaient pas d’imaginer des solutions qui pourraient aider leurs pays à vaincre le racisme, pour pouvoir enfin les aider à se développer?
Le fatalisme qui consiste à dire «il est écrit là-haut que je mourrais en exil» pourrait faire place à un acharnement commun afin de supprimer le mal qui ronge nos pays et qui les empêche d’avancer. Disons-nous la vérité: la communauté internationale nous trouve des solutions qui ne correspondent pas toujours à ce que nous souhaitons. Si elle constate qu’elle a fait des erreurs, elle essaiera autre chose. La balle est toujours dans son camp car c’est elle qui réfléchit à notre place.
Je ne vais pas terminer sans parler du Burundi, mon pays d’origine, celui que je connais le mieux. Ce pays, comme tous ceux qui connaissent périodiquement des guerres ethniques, des guerres racistes, a une culture de racisme depuis longtemps. Sous la Monarchie, avant la colonisation allemande et la tutelle belge, le Roi tout puissant, ordonnait, le génocide d’un clan, lorsque ce dernier avait la malchance d’avoir un rebelle en son sein. Ce clan, composé de plusieurs familles issues d’un ancêtre commun, était alors visé dans son entièreté. Les membres qui arrivaient à fuir abandonnaient leurs terres et s’établissaient assez loin pour ne pas être reconnus. Parfois, ils étaient obligés de changer de clan et de noms pour survivre.
D’autres clans, au lieu d’être condamnés à mort, subissaient une exclusion difficile à vivre psychologiquement: les Hima étaient obligés de rester entre eux car ils n’avaient pas l’autorisation d’entrer dans les enclos des autres citoyens: toute une littérature malfaisante avait été élaborée pour faire comprendre que sur leur passage se traînaient la mort, la maladie pour les humains et le bétail, la malchance, etc…
Les Hutus étaient considérés comme inférieurs et lorsque le Roi se sentait redevable vis-à-vis de quelques familles, il leur accordait « le privilège d’être des Tutsi s». Les ethnies n’étaient pas figées. Mais aucune personne ne pouvait devenir «noble», ce titre était réservé aux descendants mâles des différents Rois ainsi qu’à leurs épouses destinées à multiplier les familles «nobles ou ganwa». Les nobles se disaient «au-dessus» des ethnies pour mieux les dominer.
Les Républiques qui ont suivi la Monarchie, toutes par le plus grand des hasards, dirigées par des Hima, ont pratiqué l’exclusion des Twa, des Hutus et des Ganwa, à des degrés différents. Et des Hutus n’ont pas trouvé mieux pour se défendre que des actes de génocides des Tutsis, répétés, suivis par des massacres des attaquants; et la boucle était bouclée. Cela s’est passé à plusieurs reprises (1965,1972, 1988, 1993…) et entre deux crises, les uns et les autres vivaient comme si les tueries n’allaient plus recommencer. Ils espéraient l’éradication d’un mal pour lequel personne n’avait trouvé de médicament.
L’exclusion et la mort comme moyens de gouverner! L’exclusion et la mort comme moyens de réclamer ses droits! L’exclusion ou la mort pour résoudre ses problèmes existentiels… Le modèle n’a jamais changé: vous m’avez exclu ou pire tué des personnes de mon groupe, une fois au pouvoir je fais de même pour tous ceux qui ne sont pas de mon ethnie. Un modèle qui doit casser pour ne pas connaître des guerres sans fin.
Le Burundi sort, péniblement, d’une guerre plus longue et plus meurtrière que toutes les autres (1993-2005). Il y a des morts jusqu’à ce jour. La communauté internationale a mis beaucoup de moyens financiers pour «nous sauver de nos démons». Les accords d’Arusha ont consacré les divisions ethniques. Le racisme! La communauté internationale s’est fait piéger par les «malades du racisme que sont les Hutus, les Tutsis…», comme un psychiatre qui se laisserait piéger par les psychopathes qu’il était censé arriver à soigner. Les partis politiques ont signé ces accords parce qu’ils voulaient être parmi ceux à qui la communauté internationale allait attribuer des places; la majorité n’ayant aucun programme, aucun projet de société.
Dans d’autres pays où on a toujours reconnu les ethnies et où chacun s’en réclamait à haute voix; des ethnies ou des tribus qui ont des territoires distincts comme au Congo, en République démocratique du Congo, au Libéria… il y a eu des guerres tribales ou ethniques meurtrières: il a suffi qu’un politicien ou un «seigneur de la guerre» décide d’utiliser le racisme. Qu’a alors gagné le Burundi? Un racisme officiel va-t-il arriver à le sauver? L’Union africaine devrait se donner pour objectif essentiel de lutter contre ce fléau. Cela pourrait redorer son blason car elle paraît absente partout. Les Etats européens, les Etats-Unis ont lutté contre le racisme pour former des Etats dans lesquels chaque citoyen jouit de ses droits quel que soit son origine. Ainsi ils ont construit des pays riches dans lesquels les citoyens n’ont pas à remonter à leurs origines pour pouvoir vivre ensemble. Ils portent tous le nom du pays ! Ceux qui sont encore branchés sur leur «différence» connaissent des problèmes comme les nôtres (exemple la Bosnie) ou des problèmes réels mais atténués (exemple la Corse, la Belgique…). Nous pouvons aussi par un choix personnel, devenir des Burundais, des Libériens, des Congolais… Pourquoi pas des Africains, et ainsi penser au développement de nos pays, de notre continent au lieu de reculer?
Nous ne pourrons devenir des pays viables qu’à condition de travailler au lieu de perdre du temps dans des considérations inutiles et destructrices. Personne ne doit nous dire ce que nous devons trouver nous-mêmes. C’est le racisme qui nous empêche d’avancer. C’est lui qui perturbe nos raisonnements. Si la communauté internationale ne met pas le doigt dessus, c’est qu’elle a ses raisons et peut-être ses intérêts… Et puis les pays africains sont des pays indépendants ! » Marie NZIGAMYE, une femme engagée pour la paix

« Nous sommes tous enfants de Dieu, pas les enfants d’une tribu »

Jean Marc Henry

2 thoughts on “L’AFRIQUE, MALADE DE SES TRIBUS, ETHNIES, BREF DE SON RACISME

  1. Hermann Olivier Aka

    Merci pour cette vérité qui doit être connue de tous les Africains…je serais d’ailleurs très honoré d’avoir votre avis éclairé sur mon manuscrit si cela ne vous dérange pas bien évidemment.
    Cordialement!

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  2. Namegabe Maheshe Christian

    Salut mes confrères
    J’approuve et soutien ce que vous dites en ajoutant que les peuples africains ignorent jusqu’à ces jours leur force. Et tant qu’ils ne se lèveront pas un seul homme,l’Afrique sera condamné et voué à la misère.
    Prenons exemple d’autres peuples: américains, français,… S’il n’avez pas compris et engagé pour se tirer de l’esclavage ou est ce qu’ils seraient aujourd’hui?

    En plus,les dirigeants africain avec le goût illimité du pouvoir :avarice, égoïsme,… À qui ça profite ? Ils ruinent san fin les africains.

    À bon attendent,
    Chris M. N.

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